http://www.lesoir.be/regions/bruxelles/bruxelles-projet-social-vs-2008-09-30-644073.shtml

Bruxelles. Une convention lie les locataires du 123 de la rue Royale à la Région wallonne, propriétaire. Pour la Ville, il s'agit de bureaux.

123

Une cause noble mais qui prend en otage les autorités publiques ». C'est en ces termes que deux mandataires de la Ville de Bruxelles, l'échevin de l'État civil Hamza Fassi-Fihri (CDH) et le président du CPAS Yvan Mayeur (PS), ont qualifié l'« occupation » de l'immeuble sis 123 rue Royale par l'ASBL « Woningen 123 Logements ». L'immeuble en question, qui est considéré comme à l'abandon par les autorités de la Ville, fait l'objet d'une convention entre son propriétaire, la Région wallonne, et l'ASBL, qui y a mis en place un projet d'habitat communautaire, concernant 57 personnes. La Région wallonne a procédé à des travaux d'aménagement des bureaux en espaces de vie (chambres, douches…) et paie la moitié des charges (gaz, eau, électricité), « dans l'intérêt des deux parties » : la Région voit son bâtiment protégé par l'occupation des lieux et est dispensée de la taxe communale sur les immeubles vides, tandis que l'ASBL trouve un lieu permettant le logement transitoire de son public cible. S'il semble satisfaire les deux parties, l'arrangement fâche la Ville, obligée d'enregistrer les locataires sur les registres de population et, pour certains d'entre eux, de leur allouer une aide sociale via le CPAS. Les autorités se retranchent derrière l'argument de l'infraction urbanistique (occupation de bureaux en logements) pour justifier les blocages, en dépit de décisions de justice.

Deux fois, les services du ministre de l'Intérieur Patrick Dewael (Open-VLD) ont écrit pour sommer la Ville de respecter son obligation de domicilier trois personnes, tandis qu'une décision du tribunal du travail a confirmé le droit de résidents à bénéficier de l'aide sociale du CPAS, mais de manière limitée (au taux de co-habitants et, pour dans deux cas, en soustrayant 100 euros des montants légaux au prétexte de la « gratuité » de la location).

« Je ne connais pas de pouvoirs locaux qui investissent autant que la Ville en matière de logement, explique Yvan Mayeur, mais le “123” ne doit pas devenir l'entonnoir de la misère. Soit la Région wallonne transforme l'immeuble en logements, soit elle le met en vente publique ».

En fait d'« entonnoir », du côté de l'ASBL, on n'est pas loin de penser que le président du CPAS veut garder le contrôle de la misère : « Le CPAS préfère octroyer une aide de rue à des SDF plutôt que d'aider des allocataires qu'il ne contrôle pas ». Une pétition sera lancée qui réclame l'arrêt du « sabotage du projet ».