http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_roms-la-population-se-sent-autorisee-a-avoir-un-discours-de-rejet?id=8984124

Le président de la Ligue des Droits de l'Homme, Alexis Deswaef, était L'Acteur en Direct de Matin Première ce mardi. L'occasion de parler de la situation des Roms en Belgique avec les dernières actualités, ainsi que de la problématique de l'immigration en Europe. Pour lui, le discours politique a une grande part de responsabilité dans le rejet de ces populations.

Des familles de Roms, dont 21 enfants, se retrouvant à la rue après avoir été expulsées des centres d'accueil ; et l'érection d'un "mur anti-Roms" à la limite du territoire de Mouscron ; voilà deux actualités jugées "honteuses" par le président de la Ligue des Droits de l'Homme.

Alexis Deswaef dénonce notamment "le discours populiste" du bourgmestre de Mouscron qui aujourd'hui fait "une courbe rentrante" :"Le bourgmestre avait présenté ça comme quelque chose qu'il avait obtenu en compensation pour réduire les nuisances, pour ne pas que ces personnes aient accès aux petits chemins qui mènent aux maisons en Belgique, etc. Et puis, face aux réactions, il dit qu'il n'a pas eu le choix".

Pour le reste, "il ne faut pas comparer avec ce qui n'est pas comparable". Il ne s’agit pas, dit-il, d'un mur de Berlin ou du mur d'Israël en Palestine. "Il faut plutôt comparer à Kosice", en Slovaquie, où "on construit des murs pour les (les Roms, ndlr) rejeter en dehors de la ville".

"Finalement, on ne vaut pas mieux que ces pays d'origine, pointés du doigt par le Conseil de l'Europe pour leurs politiques discriminatoires envers les Roms, au niveau accès au logement, au niveau santé, au niveau scolarité, au niveau formation et travail et c'est ça qu'il faut dénoncer"

A cause du discours politique, "on les isole un peu plus"

"Je pense qu'il y a aussi un discours politique. On l'a vu en France avec Sarkozy puis Manuel Valls envers les Roms qui stigmatisent les populations et finalement, la population se sent autorisée à avoir un discours de rejet alors que si les responsables politiques avaient un autre discours, un discours d'inclusion, comme le demande l'Europe, on ne se permettrait pas à aller à ce genre de discrimination", explique le président de la Ligue des Droits de l'Homme.

Quant à savoir si les aires d'accueil pour les gens du voyage posent réellement des nuisances pour les riverains (tapage nocturne, sécurité), il répond : "Il n'y a pas de statistiques en tant que telles et il ne faut pas faire preuve d'angélisme ou de naïveté. Quand il y a des concentrations d'habitants, quand il y a de la pauvreté, quand il y a du rejet, il y a évidemment des problèmes qui accompagnent cela. Et il faut chercher plutôt les causes-là et y remédier, plutôt que de construire des murs à l'heure où il faudrait justement construire des ponts et parler du vivre ensemble".

Alexis Deswaef rappelle, par ailleurs, que les Roms sont des citoyens européens. "Personne n'en veut alors qu'il y a une responsabilité partagée". Pour lui, "régions et villes doivent se mettre ensemble car l'urgence coûte cher aussi".

"Il faut arrêter de financer des régimes voyous"

Concernant la politique européenne en matière d'immigration, Alexis Deswaef estime que cela manque de cohérence. Si "s'en prendre aux réseaux est une partie de la solution", il affirme que la volonté actuelle est "de ne pas en sauver trop" : "Mais combien de morts va-t-on accepter ? Quand peut-on les sauver ou non ? Il faut sauver les vies humaines !".

"Quand on voit que l'Europe sur 5 ans donne plus de 300 millions d'euros à l’Erythrée, qui est une des pires dictatures africaines, pour éviter que leur population quitte la dictature et vienne se réfugier en Europe. On finance la dictature pour qu'elle garde sa population chez elle. Ca, cela ne va pas !", dénonce-t-il.

"Il faut évidemment une aide massive au développement, même si on sait que l'aide au développement, si elle augmente, cela augmente les migrations. Mais après, dans un deuxième temps, cela enlève l'envie aux gens de quitter leur chez eux et donc, il faut une cohérence au niveau géopolitique, au niveau international, arrêter de financer des régimes voyous".

"On finance et on fournit des armes à l’Arabie saoudite qui militarise l'organisation Etat islamique en Syrie avec toutes les conséquences que cela a en Europe et les réfugiés syriens bloqués dans les pays voisins qui n'arrivent même pas jusque chez nous", poursuit-il avant de réclamer "plus de cohérence au niveau de la politique internationale" car aujourd'hui "l'approche de l'Europe finalement c'est faire plus ce qui ne fonctionne déjà pas aujourd'hui".

"C'est trop limité", dit-il tout en dénonçant encore "l'égoïsme des états européens qui refusent les quotas proposés (France et Royaume-Uni, ndlr)".

Autrement dit : "On les préfère chez le voisin que chez soi !".

C. Biourge