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Pierre Buyssens veut développer 8.000 m² de surfaces commerciales et 14.000 m² de logements dans l’ancienne église située rue Royale.
Pierre Buyssens veut développer 8.000 m² de surfaces commerciales et 14.000 m² de logements dans l’ancienne église située rue Royale. - Pierre-Yves Thienpont.

Il y a presque cinq ans, les 220 personnes qui occupaient l’église désacralisée dite du « Gesù » se voyaient expulsées manu militari sur décision de la commune de Saint-Josse et de son bourgmestre, Emir Kir (PS). A l’approche imminente de « l’anniversaire » de l’éviction des habitants du bâtiment située rue Royale (au niveau du jardin Botanique), plusieurs associations engagées dans la lutte pour le droit au logement ont saisi l’occasion pour monter au créneau et dénoncer l’absence de projets concrets sur les lieux depuis les faits ainsi que la situation toujours instable d’anciens occupants. Face à cette vacance inutile, les acteurs du monde associatif mobilisés autour de la question ont exprimé le souhait de voir la Région racheter le Gesù à son actuel propriétaire, l’investisseur suisse Pierre Buyssens, dans le but d’y développer des logements sociaux.

Pour rappel, le propriétaire des lieux nourrissait initialement l’ambition de faire du Gesù un hôtel 5 étoiles doublé d’un spa, d’une salle de spectacle et d’un cinéma. Après avoir obtenu le permis nécessaire en août 2015, ce dernier a rapidement déchanté. Un recours portant sur les charges d’urbanisme liées au permis, introduit par plusieurs associations, coupait en effet les ailes du projet en novembre de la même année.

Trois ans plus tard, la décision du Conseil d’Etat se fait toujours désirer. En attente du verdict, Pierre Buyssens déclarait l’an dernier à nos confrères de La DH qu’il envisageait de déposer une version plus light du projet, en proposant de supprimer l’hôtel de l’équation et de développer à la place 8.000 m² de surfaces commerciales, 14.000 m² de logements ainsi que du parking en sous-sol.

Projet mixte à la place ?

Quid, à l’heure actuelle ? A Saint-Josse, on dit en tout cas ne plus avoir entendu parler de cette nouvelle mouture depuis belle lurette. Aucune demande de permis n’a été introduite auprès de la commune depuis la sortie de l’investisseur, soutient Emir Kir, qui montre des signes d’impatience. « Nous avons commencé à ouvrir une discussion avec la Région. Cela veut dire que si ça ne bouge pas, nous envisagerons de prendre l’initiative à notre niveau  », laisse entendre ce dernier, sans vraiment offrir plus de précision. Dans l’opposition, Ecolo plaide également pour une intervention des pouvoirs publics dans le dossier, soit via un rachat par la Région, soit via une procédure d’expropriation par la commune. À la place, un projet mixte comprenant logements publics régionaux et nouvelles écoles communales serait le bienvenu, estime la conseillère communale Zoé Genot, qui accuse au passage le propriétaire des lieux de ne pas réellement vouloir mener le projet à bien. « Il achète, fait des permis et laisse la situation pourrir avant de revendre ».

Depuis la Suisse, Pierre Buyssens rétorque que la nouvelle version du projet est toujours bien sur les rails et qu’il s’agit simplement de finaliser les études architecturales. « On estime qu’il nous faudra encore trois ou quatre mois avant de pouvoir introduire les demandes de permis », nous garantit le propriétaire, niant toute intention de ne pas réellement vouloir mener le projet à bien. « C’est d’ailleurs mon fils Alexandre qui va gérer l’exploitation de la partie commerciale », ajoute-t-il en preuve de bonne foi, promettant à la clé la création de 82 emplois. « Nous ne sommes pas des spéculateurs plus que n’importe quel magasin de tabac ou de journaux qui achète un bien pour le revendre plus cher ».

L’hôtel 5 étoiles bel et bien abandonné

 A.SE.

S’il est bien une chose qui semble certaine dans ce dossier aux contours très flous, c’est que Pierre Buyssens a définitivement jeté aux oubliettes son projet initial de bâtir un luxueux hôtel sur le site du Gesù. Là où le Suisse laissait encore planer le doute il y a un an en estimant qu’il continuait à placer de l’espoir dans la décision du Conseil d’État, il se montre désormais bien plus tranché. « Je crois qu’un point de non-retour a été atteint au niveau de l’hôtel. Même si je reçois un jugement favorable, je me vois mal continuer le projet », déclare l’investisseur.